De nouvelles facettes de la gourmandise

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De nouvelles facettes de la gourmandise

La parfumerie gourmande entretient depuis longtemps une histoire d’amour avec la douceur. Ce genre a bâti son empire sur le chocolat, le caramel, la vanille et une nostalgie saupoudrée de sucre, et cela a fonctionné à merveille, mais les choses sont en train de changer. L’inspiration se trouve désormais partout : du café du coin aux rayons du supermarché, du stand de cuisine de rue au restaurant gastronomique. La prochaine vague de parfums gourmands s’inspire de tout cela.

La question est la suivante : qu'est-ce que cela implique pour notre façon de créer ?

 

Au-delà des frontières du goût

Le terrain créatif le plus passionnant à l'heure actuelle se situe à la limite de ce que l'on qualifierait traditionnellement d'« agréable ». Des saveurs fermentées, acides, amères, umami, qui interpellent plutôt qu'elles ne réconfortent. Pour les créateurs de parfums, l'enjeu consiste ici à explorer ce qui se passe lorsque le gourmand perd son filet de sécurité. 

L’umami, cette cinquième saveur insaisissable, en est un excellent exemple. On pourrait décrire l’umami comme une saveur profonde qui envahit le palais ; cette sensation de richesse et de plénitude que procurent les aliments vieillis, fermentés ou cuits lentement. C’est cette saveur qui vous donne envie d’une bouchée de plus sans que vous sachiez vraiment pourquoi. En parfumerie, cela pourrait se traduire par quelque chose de chaleureux, de salé et de profondément satisfaisant, sans la moindre trace de douceur. Une nouvelle forme de réconfort qui ne repose pas sur le sucre. Mais l’umami n’est qu’un point de départ. Chaque ingrédient ci-dessous évoque une nuance différente : torréfié, fermenté, acidulé, piquant… Le chariot à desserts n’est pas en vue. 

Le mugicha, ce thé d'orge torréfié très apprécié au Japon, évoque une chaleur toastée et granuleuse qui procure un sentiment d'ancrage et de sobriété.

 

Le katsuobushi, ce poisson séché et fermenté qui est au cœur de la cuisine japonaise, va encore plus loin avec ses saveurs fumées et profondément umami. Il évoque quelque chose de vieilli et d'animal. 

 

Le kombucha apporte une touche vivante et légèrement acidulée. 

 

Tamarin et Lavashak, une confiture de fruits iranienne à base de jus de prune , explorent tous deux cette tension vive entre l'acide et le sel qui semble d'une modernité saisissante.

 

Mangue épicée se situe à la croisée des chemins entre le grand public et la niche : suffisamment familier pour susciter la reconnaissance, suffisamment surprenant pour emmener une publicité vers de nouveaux horizons.

Le monde comme tableau d'inspiration

Si la frontière gustative repose sur la complexité, ce deuxième domaine concerne la résonance émotionnelle : la manière dont une saveur peut incarner tout un moment culturel. La mondialisation, accélérée par la viralité des contenus culinaires, a donné naissance à une génération qui maîtrise parfaitement les goûts du monde entier. Pour la parfumerie gourmande, c'est une formidable opportunité créative. 

À elle seule, la culture des cafés s'est discrètement imposée comme l'un des univers gustatifs les plus riches. Ce sont là les rituels quotidiens d'un consommateur international, fin connaisseur des saveurs. Ils se passent d'explications et se traduisent facilement en parfums.

 

 

Platte à l'encre, à base de betterave et de sirop de rose. 

 

Latte à l'ube, terreux, de pomme de terre, douceur violette. 

 

Latte doré, chaud curcuma et d'épices.

Cette même énergie se retrouve dans les spécialités locales qui, aujourd’hui, s’étendent bien au-delà de leur lieu d’origine, portées par les réseaux sociaux, les communautés de la diaspora et une génération qui mange avec curiosité. 

Ces références ne se contentent pas d'inspirer des ingrédients individuels ; elles inspirent des ambiances, des textures et des univers émotionnels que la palette gourmande actuelle n'a pas encore explorés.

Tanghulu est un fruit chinois vendu dans la rue, enrobé d’un sucre dur. Il évoque quelque chose de cristallin et de festif. 

 

Hojicha banneaux une amertume torréfiée, chaleureuse mais jamais sucrée.

 

Bissap est une boisson à base d'hibiscus ancrée dans la culture ouest-africaine et caribéenne. Elle offre une profondeur florale acidulée qui se situe naturellement entre la boisson et le parfum.

Et maintenant ?

Le gourmand de demain mise moins sur la douceur que sur la complexité, sur la satisfaction procurée par une saveur qui demande un peu de temps pour être appréciée. Les références sont plus variées, plus inattendues et plus riches en nuances culturelles que jamais. Pour les parfumeurs et les marques prêts à sortir des sentiers battus, le champ des possibles est grand ouvert. 

Les articles gastronomiques les plus intéressants n'ont pas encore été écrits. 

Tialy Ratanisoa 

Coordinateur marketing

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